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| Source image : Les Chroniques d'Arcturius |
Nuit de pleine lune
Gina Dorlea
PROLOGUE
Depuis la nuit des temps, les lycans partagent ce monde
avec ce qu’il a fait de pire, les créatures, les démons, les vampires et bien
d’autres êtres maléfiques qui peuplent cette terre dans un chaos où l’harmonie
n’est plus que folle utopie. Même l’humain s’est rallié à la cause de ce côté
sombre où le mal règne en maître. La paix n’est plus qu’un mot de quatre
lettres que plus personne ne prononce. Dès lors, qui pourrait s’indigner du
sort d’une fillette que l’on a arraché au réconfort protecteur que représentaient
ses parents qui l’aimaient plus que tout ?
CHAPITRE 1 : La naissance.
La lune était très haut dans le ciel cette nuit-là, une
lune qui éclairait tant bien que mal une nuit profonde et lourde, suffisamment
pesante pour cacher les vices les plus vils et les plus bas. La nuit était associée
au mal sur cette terre, elle était le berceau et la complice des crimes les
plus infâmes. Des cris se faisaient souvent entendre ça et là sans que l’on en
connaisse l’origine et dont plus personne ne se souciait, mais ce soir-là… un
homme, juste un homme, grand, au regard sombre et ténébreux. Cette nuit-là, il
se tenait debout dans une pièce de son château, là où il travaillait, où il
réfléchissait, où il recevait, où il commanditait. Mais cette nuit-là, il ne
faisait rien de tout ça.
Un cri déchira la nuit, faisant trembler l’atmosphère
étouffante qui régnait entre les murs de cette imposante demeure, ancrée
solidement sur les terres de Vampiris où les vampires étaient rois à cette
époque noire. L’homme frémit de tout son corps et ferma les yeux comme pour
exorciser la peur qui le tenaillait. Un autre cri suivit, plus fort, plus
intense. Les yeux toujours fermés, il serra les poings, ses ongles s’enfonçant
dans sa paume, il refusait toute douleur, ne la ressentait plus, comment aurait-il
pu ? Alors que chaque cri lui rappelait combien celle qu’il aimait plus que
tout souffrait dans sa chair, dans ses entrailles, « ça sera vite terminé,
tout cela ne sera plus qu’un vague souvenir » murmura-t-il. Oui, tout cela
n’aura plus aucune importance lorsque ce petit être, issu de leur union, d’un
simple sourire, leur fera prendre conscience de la futilité de ce moment passé
dans la souffrance.
Les murs de cette pièce, d’habitude si familiers, semblaient
se resserrer sur lui, lui écrasant la poitrine, empêchant l’air d’atteindre ses
poumons. Il rouvrit les yeux et desserra les poings, puis se dirigea vers la
porte, l’ouvrit sans la refermer et courut vers le grand escalier, il monta les
marches de quelques bonds rapides et arriva devant la porte de la chambre qui renfermait
chaque nuit l’intimité de son couple. Il se tint immobile un instant, aucun cri
ne perçait plus de l’autre côté, son cœur battait si fort que ça l’oppressait.
Soudain, la porte s’ouvrit, il eut un mouvement de recul, une femme se tenait
devant lui, souriante, une petite couverture dans ses bras enroulée autour d’un
être minuscule qui gigotait déjà.
La femme sourit à l’homme et lui tendit l’enfant en
prononçant ces mots.
– Vlad Von Stiltskin, roi des anges déchus… voici votre fille.
Le visage de Vlad se détendit enfin, son regard
d’abord sur la femme, se porta ensuite sur cet enfant qui était le sien, il
tendit presque machinalement les bras et les disposa de façon à recevoir sa
fille confortablement. La sage femme déposa l’enfant et s’écarta de l’entrée, libérant
le passage.
Vlad fixa ce petit bout du regard, on dit qu’une larme
coula sur sa joue à ce moment précis, son armure se brisa devant le fruit de sa
chair et un sourire se dessina sur ses lèvres. Il releva la tête et ses yeux
croisèrent ceux de son épouse, allongée sur sa couche. Il s’en approcha, s’assit
sur le bord du lit, auprès d’elle et, la regardant tendrement, murmura
« Merci mon amour ». Petrova, en guise de réponse, sourit tendrement,
ferma les yeux lentement et les rouvrit tout aussi lentement.
Je fus donc née en cette nuit, moi Helena Von
Stiltskin, fille de Vlad et Petrova Von Stiltskin.
CHAPITRE 2 : Inconscience.
Les trois années qui suivirent ne furent que pur
bonheur, bercée entre l’amour d’un père et d’une mère aimante. Mon père m’apprit
les rudiments du combat ou, du moins, il amorça mon éducation aux armes vu mon
très jeune âge. Étrangement je fus réceptive à cette initiation et montrai un
goût prononcé pour les combats qui étaient une sorte de jeu entre mon père et
moi et se terminaient souvent dans un grand fou rire.
J’héritai de son caractère colérique et impulsif déjà
à cet âge, héritage dont il n’était pas peu fier, je crois.
Ma mère me légua sa beauté et son franc-parler, qualités
non négligeables il est vrai. Très petite déjà, la grande complicité entre elle
et moi était évidente, une complicité solide qui n’était encore qu’aux
prémices, nous avions toute la vie devant nous, nous en étions conscientes, cela
nous procurait de la force.
Je fus très proche de mes parents et ne tolérais
aucune attaque à leur encontre. J’étais très jeune, certes, mais je me souviens
de cette force en moi qui me poussait à les protéger du haut de mes trois ans, ce
qui faisait rire tout le monde, mais dans mon monde d’enfant, il n’était pas
question que l’on toucha à un seul de leurs cheveux, je ne le concevais pas.
Mes parents étaient mon plus beau souvenir car tout
cela s’arrêta brusquement.
CHAPITRE 3 : Disparition.
Le soleil ne se montrait jamais dans la région de
Vampiris, les nuits étaient noires et les journées sombres.
Assise à table sur une chaise trop haute, je balançais
les pieds à un rythme régulier, ce qui agaçait beaucoup la nounou chargée de me
garder en l’absence de mes parents. Je le ressentais et redoublais les
balancements de plus belle. J’avais un esprit de contrariété très fort, les
domestiques me qualifiaient volontiers de petite peste, mais ils se gardaient
bien de le dire devant mon père. Je pense qu’ils en avaient peur, ce qui me
conforta dans une idée qui ne quittait plus mon esprit et à la question « Que veux-tu
faire une fois adulte mon enfant ? » Je répondais toujours « Je veux faire
comme papa ». Je ne comprenais jamais pourquoi cela faisait autant rire et je
m’en offusquais, je tournais alors les talons avec une moue boudeuse et
quittais la pièce.
Ce jour-là donc, ma nounou ne savait plus que faire
pour que je termine mon repas et c’est en soupirant bruyamment qu’elle se
tourna et s’affaira en cuisine. Je profitai de ce moment d’inattention pour
descendre de ma chaise sans faire de bruit et je quittai la pièce, échappant à
la vigilance de ma gardienne.
J’ouvris la porte et j’avançai vers l’extérieur, je
m’approchai du grand portail de l’entrée et me tins devant durant un moment, je
repensais aux paroles de mes parents m’interdisant formellement de quitter
l’enceinte de la propriété car au dehors, des « monstres » rôdaient
! Voilà donc de nouveau cet esprit de
contrariété que je regrette aujourd’hui car il a changé le cours de ma vie de
façon radicale.
Allant contre les avertissements de mes parents, je
cherchai un objet sur lequel je pourrais monter et atteindre le loquet de
fermeture. Je trouvai un seau non loin de là et je l’approchai de la grille, ensuite
je montai dessus et le reste fut très simple, l’ouverture n’était pas très
compliquée de l’intérieur des murs.
La grille ouverte, j’étais très impressionnée par ce
sentiment de liberté, c’était en même temps effrayant et captivant, je n’avais
jamais quitté ces murs sans mes parents avant, je crois qu’à ce moment-là je me
sentais grande et responsable, mais ce n’était qu’un sentiment.
Je ne tardai pas à franchir les quelques mètres qui me
séparaient de la sortie, la crainte que ma nounou s’aperçoive de mon absence me
fit courir très vite, très loin, assez loin pour sentir qu’elle ne pourrait pas
me retrouver. J’atteignis la forêt bientôt et m’y engouffrai. La nuit tombait
mais curieusement je n’avais pas peur, j’aurais certainement dû. J’ai maudit
longtemps ce trop d’assurance dont je fus victime ce jour-là.
CHAPITRE 4 : L’enlèvement.
« Les monstres n’existent pas », c’est
cette phrase que je me répétais en boucle dans ma petite tête, cela me donnait
du courage et j’avançais d’un pas décidé, tant et si bien qu’au bout d’un
moment je me rendis compte que j’étais perdue, je fit demi-tour et je n’avais
aucune idée de la direction à prendre, c’est à ce moment là que la panique me
gagna. Mes parents commençaient à me manquer, la forêt prenait soudain un air menaçant.
Je me mis à pleurer à chaudes larmes mais je savais que mes pleurs étaient vains,
personne ne viendrait me chercher, j’en arrivais à regretter la vilaine nounou.
Soudain, un craquement… puis un autre… suivis d’autres
bruits d’un peu partout autour de moi. Mon cœur faisait mal dans ma poitrine,
les battements réguliers et rapides étaient presque audibles, je n’osais bouger,
les bruits semblaient venir de toutes parts, j’étais encerclée, sans aucun
moyen de fuite.
Je redoublai de larmes et de cris, j’appelai mon père,
ma mère et en guise de réponse, je n’eus que les hurlements de ce qui
semblaient être des loups. Je ne les voyais pas mais je sentais très fort leur
présence autour de moi. Soudain, sans que j’aie le temps de me retourner,
quelque chose fonça droit sur moi, dans mon dos, puis, presque instantanément,
cette douleur, une douleur difficilement supportable pour une enfant, mon cou
semblait se déchirer sous des lames acérées, je sentis des crocs s’enfoncer
dans ma chair, j’ai même le souvenir d’une odeur, cette odeur de fauve humide
et nauséabonde, à ce moment-là, je vis mes parents, mais je compris très vite
que ce n’était que mon imagination, je m’accrochai néanmoins à leur image. Je
m’entendis murmurer faiblement « papa, maman » et c’est en les
regardant que je sombrai dans le noir absolu.
CHAPITRE 5 : Le réveil.
Mes yeux s’ouvrirent sur un mur blanc, aucune décoration.
Je repensais aux tableaux magnifiques qui ornaient les murs du château de Vampiris.
Là, il n’y avait rien, le vide. Je ne comprenais pas, où étais-je ? Pourquoi ma
mère n’était pas présente comme souvent à mon réveil ? Que m’arrivait-il ?
Je tournai légèrement la tête, mais une douleur me fit
pousser un cri, des bribes de souvenir se recollaient alors, doucement et c’est
avec horreur et effroi que les images revenaient à ma mémoire, je me mis à
crier « Papaaaa !! Viens me chercher papa !! ». Mais ce
fut le néant. Je voulus bouger les bras et les jambes mais des cordes
grossières attachées au lit m’en empêchaient.
Combien de temps suis-je restée allongée là sans
bouger ? Je ne saurais le dire, mais une éternité sans doute. Les larmes
coulaient sur mes joues de petite fille. Je me disais, puérilement « Je vais être
grondée en rentrant ». Cette idée me plaisait, à ce moment précis j’aurais
aimé être sermonnée par mes parents. J’étais de plus en plus mal, tout tournait
dans la pièce, Je sentais que mon esprit s’éloignait de mon corps quand tout à
coup une porte s’ouvrit, mon cœur se mit à battre très fort.
Une femme s’approcha, elle n’avait pas l’air méchante,
ce qui me réconforta, elle me fixa du regard et je ne la quittai pas des yeux,
repensant aux conseils de mon père « Ne quitte jamais un ennemi des yeux mon
enfant ». Je m’exécutais donc pensant que cela la ferait fuir, mais elle
me sourit et me dit simplement.
– Bienvenue dans ta nouvelle famille, petite lycane.
CHAPITRE 6 : La vie chez les lycans.
Les années s’écoulèrent, je grandis parmi les lycans
que j’appris à connaître. Au plus profond de moi, je les maudissais de m’avoir
séparée des miens. L’instinct de lycane n’était pas très fort en moi, je me
nourrissais de ce que l’on me donnait à manger, je n’étais pas autorisée à
chasser et n’en montrais aucune envie. Je ressentais, à certains moments, le côté
bestial resurgir en moi, mais j’avais appris à le maîtriser, je détestais ce
sentiment que je chassais de toutes mes forces. Ma « nouvelle
famille » avait renoncé à m’initier, voyant la détermination avec laquelle
je me refusais à adopter leur style de vie et avec laquelle je refoulais ce mal
qui me rongeait à l’intérieur. Mon état de louve était endormi en moi et je ne
désirais pas le réveiller.
Je pleurais tout bas la perte de mes parents, l’amour
qu’ils me procuraient. Je passais par des moments de désespoir profond et me
fit une promesse au fur et à mesure que je grandissais, « Je les retrouverai ».
Les yeux dans le vide, je me répétais cette phrase inlassablement « Je les
retrouverai… ».
Je reçus une éducation « normale », ma
famille adoptive jouait son rôle de parents et moi, je jouais le jeu, mais une
haine viscérale à leur égard sommeillait en moi. Ils le ressentaient sans doute
et me surveillaient, craignant ma fuite.
Lorsque j’eus atteint suffisamment de maturité, je
commençai à élaborer des plans d’évasion, tous aussi inutiles les uns que les autres.
Je rageais de ne pouvoir trouver le bon moyen de me libérer de ce fardeau. Je
me mettais alors à penser à mes parents, comment ont-ils vécu ma disparition ?
Je songeais en souriant « Ont-ils fait décapiter la nounou ? ».
J’avais besoin de ces petits moments de dérision pour ne pas sombrer dans
la folie.
CHAPITRE 7 : L’attaque.
L’ambiance était à la fête ce soir-là. Comme à mon habitude,
j’étais en retrait et n’avais pas le cœur à l’amusement, alors je me mis à
l’écriture de l’histoire de ma vie, une façon d’exorciser tous mes démons. La
musique m’empêchait de me concentrer. Au son de la musique s’ajoutaient les
cris de joie et de liesse, des cris qui s’accentuaient en force et qui changeaient
subitement de ton. Bizarrement la fête semblait faire place à l’horreur. Je me retournai
alors rapidement, ayant compris ce qu’il se passait. J’aperçus, de l’endroit où
je me trouvais, des êtres démoniaques sortis d’on ne sait où. Ils escaladaient
en nombre les hauts murs et sautaient par-dessus. Les yeux grands ouverts, j’assistais
à ce qui était en train de se dérouler, des corps mutilés par ces démons d’une
force inouïe, je ne tentais même pas d’intervenir, je restais là à observer. J’aperçu
ma mère adoptive tomber sur la terre boueuse mêlée de sang, un démon hideux au
corps difforme penché sur elle, la fixant de ses yeux rouges, soulevant de ses
mains une pointe d’acier et d’un coup frappant son cœur de toutes ses forces
pour lui enlever le reste de vie encore présente. Je ne tremblais pas, aucun
sentiment quel qu’il soit ne m’envahit, ou juste… celui de la vengeance.
Mon heure de liberté avait sonné. J’attendis le départ
des démons triomphants, tapie dans un coin. La bataille dura presque toute la nuit,
je ne regardais plus, je me contentais d’entendre, d’écouter tous ces cris d’horreur,
le visage impassible et froid, un léger rictus au coin des lèvres.
Quand les créatures démoniaques eurent quitté les
lieux, criant et vociférant des chants de victoire, je sortis enfin de ma cachette
et me dirigeai vers le lieu du massacre. Des corps démembrés, du sang, des
appels à l’aide dont je ne me souciais pas, les habitations en feu, une vision
d’horreur. Je marchais parmi les corps d’un pas lent et indifférent. Je
m’arrêtai soudain, mon père adoptif gisait là au sol, ensanglanté, la mort ne
l’avait pas encore pris, il me regardait fixement et s’adressa à moi, la
douleur dans la voix « Helena, aide-moi par pitié… ». Je me remémorai
la morsure dans la forêt, je sus bien plus tard qu’elle était de ce père à qui
j’en voulais énormément. Je m’approchai d’un brasier, tirai un pieu à la pointe
incandescente, avançai vers lui à pas lents, je vis la peur dans son regard et
m’en délectai, je tint le pieux de mes deux mains fermement, le soulevai très
haut et je l’abattis, de toutes les forces que je pu trouver en moi, dans son cœur,
ensuite, tout en le tenant profondément dans sa poitrine, je me penchai sur lui
et pendant qu’il rendait son dernier souffle, je lui murmurai à l’oreille.
– Pour avoir usurpé la place de mon père et volé mon enfance… Bienvenu en
enfer… Papa ! ».
Un sentiment de liberté immense m’envahit alors. Depuis
ce jour, ma vie prit un nouveau tournant.
CHAPITRE 8 : Retour à Vampiris.
Je regardais mes pieds écorchés, assise sur une pierre
en guise de banc. Une pause que je m’accordais après une journée de marche, au
bord de cette route qui, d’après ma carte, m’amenait à Vampiris. Les questions
se bousculaient dans ma tête, qu’allais-je trouver là-bas ? L’avenir me le dira.
Je me levai, une grimace de douleur sur le visage et j’entrepris de continuer
ma route.
Arrivée aux portes de la ville, je la contemplai longuement,
tentant de la reconnaître, mais il n’en fut rien, tout avait changé, ou était-ce
ma mémoire qui me faisait défaut ? J’avançai d’un pas décidé et franchis l’entrée de la cité.
Je croisais des gens de toutes sortes. Mon cœur s’emballa soudain à l’idée que
parmi ces personnes je pourrais reconnaître mes parents, je me mis donc à
scruter chaque visage, chaque regard, mais aucun ne m’était familier.
Un homme s’approcha de moi. Sur la défensive, je le
fixai du regard, il se mit à me parler d’une voix rauque.
– Vous êtes nouvelle vous, je ne vous ai jamais vue dans l’coin.
Ne voulant pas m’attarder à des palabres inutiles, j’allai
droit au but.
– Je cherche le château du roi Vlad et de sa femme Petrova, pouvez-vous
m’aider ??
L’homme ouvrit de grands yeux ronds avant d’ajouter.
– Oh mais, jeune fille, il y a bien longtemps qu’ils ont quitté ces
terres !
Mes espoirs s’amenuisaient, mon visage s’assombrit.
–
Quand sont-ils partis ?? Et pour aller où ??
–
À la disparition de leur fille, ils l’ont cherchée partout,
engagé les plus fins limiers mais nul ne put retrouver sa trace, certains
avançaient même qu’ils l’avaient vue morte. Quoi qu’il en soit, anéantis par
cette terrible épreuve, ils furent incapables de demeurer sur ces terres où
tant de souvenirs les ramenaient à cette enfant perdue, ils sont donc partis,
faisant route vers Dissidia. Je ne peux vous dire s’ils s’y trouvent toujours.
Et il ajouta…
– Je me demande ce qu’est devenue cette pauvre enfant.
Le regard dans le vide, je répondis.
– Elle va bien…
Je m’apprêtai à quitter la ville, en route vers
Dissidia, lorsque j’entendis des cris sourds dans l’enceinte de ce qui
ressemblait à une arène. Je m’avançai, curieuse, et me tins à l’entrée. Je vis
des hommes et des femmes en tenue de combat, mais ce n’était pas une vraie bataille,
juste un entraînement semble-t-il. J’étais impressionnée par les techniques et
la force de ces combattants, je remarquai un homme à proximité qui devait être
le mentor du groupe, je restai jusqu’à la fin et lorsque les gens se mirent à
quitter les lieux petit à petit, l’homme s’approcha de moi.
– Vous avez aimé ?
Gonflant le torse et levant le menton, je toisai
l’homme et répondis d’un air hautain comme j’en avais l’habitude à force
d’être sur la défensive.
– Possible.
Il sourit et me lança.
– rejoignez nos troupes si cela vous chante, je serai votre mentor, je
soupçonne un sérieux manque d’entrainement chez vous, ce n’est pas très
raisonnable.
Je vis là une opportunité et je la saisi.
–
ça m’intéresse oui.
–
je me nomme Vargas, je suis de la famille des Excadors.
–
Et moi je me nomme Helena, faites de moi une
combattante monsieur.
Nous ne nous sommes plus quitté depuis, il m’apprit les
rudiments du combat, les armes, des notions de soin et de défense, ce dont
j’avais besoin pour mener à bien ma mission. Ce rapport élève/mentor changea
très vite de statut et fit place à une relation d’amour.
CHAPITRE 9 : Les retrouvailles.
J’acquis bien vite les notions de combat et c’est avec
ce bagage à la main que je me rendis très loin de là, sur les terres reculées
de Dissidia. Vargas m’accompagna dans ce périple.
Du haut d’une colline dont nous fîmes l’ascension, le
paysage s’offrait à nous. Je consultai ma carte et Dissidia semblait se trouver
droit devant mais nous ne voyions rien, un épais brouillard se profilait à
l’horizon nous empêchant de voir au-delà. Il s’estompa lentement, la curiosité
nous tenaillait, au fur et à mesure que le nuage se dissipait nous distinguions
quelque chose. Soudain tout s’éclaircissait, mon visage s’illumina et je
m’écriai.
– Dissidia !
Une ville se dessinait en effet au loin, une ville
sombre et lugubre, des cris de corbeaux venaient à nos oreilles, plus nous nous
rapprochions de Dissidia, plus elle semblait terrifiante, c’était une ville
vampire à n’en pas douter.
La route fut très longue et périlleuse, nous étions
épuisés et lorsque nous atteignîmes la ville, Vargas proposa de nous reposer avant
de continuer, j’acquiesçai d’un oui de la tête, mais je n’y comptais pas…
Je m’assurai qu’il dormait et d’un pas léger je
quittai la chambre de cette petite taverne piteuse. Je sortis de
l’établissement et m’engouffrai dans les dédales de la cité, j’empruntai des
rues sombres mais ne ressentis aucune peur, je ne trouvai rien d’intéressant,
je regardai devant moi et je ne voyais aucun château pouvant appartenir aux
anges déchus.
Dans un soupir de lassitude, je me retournai lentement
et levai les yeux, quand soudain mon visage s’éclaira. Sur les hauteurs de la ville,
dans la nuit noire, je distinguai à la lueur de la lune, les contours d’un
château à l’allure angoissante qui semblait m’attirer vers lui, des chauves-souris
le survolaient dans un ballet harmonieux, des cris de chouettes se faisaient
entendre au loin. Je me mis à courir vers ce lieu, sentant que c’était le but à
atteindre. Je gravis la pente qui menait jusque là, essoufflée mais motivée par
un sentiment étrange, mes pieds ne me faisaient plus souffrir, je reprenais
vie.
Arrivée au sommet, je me dirigeai lentement, le cœur
battant, vers l’entrée, une grande grille qui ressemblait étrangement à celle
que j’avais franchi plusieurs années auparavant.
J’aperçus une plaque de métal sur la pilastre, je m’en approchai et d’un revers
de manche, en essuyai la surface poussiéreuse. Mon sang se glaça lorsque je pus
lire les quelques mots gravés « Domaine des Anges Déchus ». Je me
tins immobile, les yeux humides, je n’avais aucun plan en tête, j’improviserai.
Perdue dans mes pensées, je crus entrevoir une ombre à
une fenêtre, mais avant que j’aie pu distinguer qui était cette personne, un
frisson glacé parcouru mon corps en entendant une voix derrière moi.
– Je peux vous aider ?
Une voix… cette voix…
Tremblante de la tête aux pieds, je fis demi-tour, effrayée
par ce que j’allais découvrir, je me trouvai face à cet homme… cette voix… je
la reconnaîtrais entre mille. Les yeux embués je dis d’une voix au ton saccadé
par l’émotion.
– Oui… vous le pouvez…
Il me dévisageait, intrigué, une lueur d’angoisse
faisant grimacer son visage.
–
je cherche la famille des Anges Déchus, ajoutais-je
avec un peu plus d’assurance.
–
Vous y êtes mademoiselle, je suis Vlad Von Stiltskin, que
puis-je faire pour vous ?
Mes lèvres se mirent à trembler et je balbutiai.
– Rien… juste me serrer dans tes bras… papa.
À ce mot, le visage de mon père se défit, se décomposa,
ses yeux brillaient de mille feux, il voulait parler mais aucun son ne sorti de
sa bouche, ses jambes l’abandonnèrent, il tomba à genoux devant moi, ne
quittant pas mon visage du regard, tout son corps tremblait, il semblait tétanisé,
pétrifié. Je m’approchai, me penchai vers lui et murmurai, apaisée.
– Relève-toi papa, je suis là maintenant.
Je l’aidai à se relever et ayant retrouvé l’usage de
ses gestes et de la parole, il me serra dans ses bras dans un sanglot
incontrôlable, mes yeux se remirent à pleurer mais pour une fois, ce fut de joie.
Ma mère ayant assisté à la scène du haut d’une des
grandes fenêtres qui faisaient la beauté majestueuse de ce château, ne
comprenait pas, un frisson s’empara d’elle soudain, sa respiration s’accéléra,
son cœur lui faisait atrocement mal. Elle dévala les escaliers sans réfléchir,
tout se bousculait dans sa tête, elle ouvrit le lourd battant de la porte,
courut quelques mètres et s’arrêta net. Je me retournai vers elle, à cet
instant elle sut, sans un mot, sans un geste, elle comprit, son instinct de
mère ne la trompait pas, elle reprit sa course vers sa fille, les larmes
mouillant son visage, elle étreignit son enfant
pendant de longues minutes, ne prononçant aucun mot, mais le silence en
disait long.
Les paroles résonnaient encore dans ma tête… « Je
les retrouverai ». C’était chose faite désormais, la vie pouvait
enfin reprendre son cours.
Depuis cette nuit je ne pus donner de détails sur ma captivité,
juste que mon corps et mon âme étaient à présent habités par un lycan, et que
j’avais grandi parmi eux. Aujourd’hui le temps est venu pour moi de révéler mon
histoire à ceux qui n’ont jamais quitté mon cœur.
FIN
Copyright © 2014 Gina Dorlea. Tous droits réservés.
Copyright © 2014 Gina Dorlea. Tous droits réservés.




