dimanche 2 novembre 2014

Bel automne

Picture by Jacks


                                        Bel Automne



Voici l’automne, saison de tous les respects. 
Noble période d’une longue année, 
froide par le climat, chaude par ses couleurs.
S’il est trois mois dans un an où l’on peut s’émerveiller, 
c’est en automne avec son manteau coloré. 
Où les tableaux emploient des tons et des reflets chatoyants, 
couleurs de feuilles, couleurs de ciel, couleurs de temps.

N’est-ce pas en automne que nos vies sont remises en question ? Sur fond de déprime ou de satisfaction.

N’est ce pas en automne que les bilans se font ? Bilan de toute une vie ou bilan de saison.

L’automne de toutes les réflexions, de toutes les résolutions. L’automne de toutes les promesses et de toutes les sagesses.

La pluie et le vent aidant à laver nos imperfections, à envoler nos feuilles mortes. L’automne de nos défunts, vivant dans nos cœurs ou au doux souvenir d’un parfum.

Moment morbide où les trépassés reviennent à nos mémoires, rappelant à chaque instant combien l’autre côté est proche, que l’on refuse ou non d’y croire.

Le temps des âmes tristes et mélancoliques, que l’absence de lumière flétrit, lumière du soleil ou lumière de l’amour, sans qui un être chagriné périt.

L’automne de toutes les beautés, pluvieuses ou venteuses, d’aquarelle ou d’huile, pourvu que les reflets soient beaux et les nuances enjôleuses.

L’automne des coins de feu, des potages épais, des châtaignes grillées et des chaussons aux pieds.

La belle saison que voilà.

Copyright © 2014 Gina Dorlea. Tous droits réservés.

samedi 1 novembre 2014

Le Masque Funeste. Un extrait de mon livre :)



Les Scottish Highlands étaient un véritable paradis pour les amoureux de l’automne. Ceux qui aimaient les choses simples, les choses vraies.
Le mois de novembre s’annonçait froid et pluvieux, mais le climat n’altérait en rien la beauté du paysage. La pluie avait son charme autant que la neige ou le soleil, cela donnait un goût de meilleur aux thés chauds sirotés au coin du feu.
Il y avait toujours un imperméable mouillé qui séchait non loin de l’âtre, car les balades ne faisaient peur à personne dans ces contrées. Fouler les terres gorgées d’eau. Marcher sur les feuilles humides et la mousse spongieuse, entre les champignons qui poussaient ça et là.
Écouter les gouttes de pluie dégouliner du haut des arbres et tomber sur le sol.
Parfois, quand les nuages sombres le permettaient, un rayon de soleil perçait et donnait à ce décor une touche de  jaune ocre lumineux.
Un sentiment de liberté envahissait alors le chanceux qui aura pu apprécier ce spectacle au-delà de la banale journée maussade.
Les landes et forêts s’étendaient à perte de vue, offrant des masses de verdure empreintes de bruyères, mêlées à des zones de terre acide et de tourbe. Les plus aguerris trouvaient dans cette riche faune, les remèdes et ingrédients contribuant à apaiser les douleurs de la vie. Cette vie, qui s'écoulait douce et paisible sur le fil du temps, au rythme des pendules martelant de leur tic-tac le silence des foyers.
Le scotch whisky, fierté de l’écosse, aidait à réchauffer les corps et les cœurs. Le respect était un devoir mutuel. La maturité, essence de la vie, faisait de ces régions un modèle de sagesse.
Le son des cornemuses et le port du kilt, ajoutaient de leur superbe, dans le patrimoine d’une écosse qui rend les gens de ce pays heureux et privilégiés.
Les Highlands, longtemps considérés comme sauvages et guerriers, étaient aujourd’hui associés à la grandeur d’âme qu’ils inspiraient.
Tout ceci constituait ce qu’il y avait de plus beau en ces lieux. Chaque détail, digne des romans de Walter Scott, ne devait être négligé.
Les jours étaient courts. Le soir tombait vite et recouvrait de son manteau noir, une région, que le travail d’une journée suffisait à épuiser. C’était l’heure du repos, l’heure de la détente.


Copyright © 2014 Gina Dorlea. Tous droits réservés. 

vendredi 31 octobre 2014

Citation

Picture by Lin Kristensen


                     "Un chef-d'œuvre de la littérature n'est jamais  
                   qu'un  dictionnaire en désordre"


                                             Jean Cocteau

dimanche 26 octobre 2014

Nuit de pleine lune


                      
Source image : Les Chroniques d'Arcturius

     
                                


                              Nuit de pleine lune


                           Gina Dorlea



                                                 PROLOGUE


Depuis la nuit des temps, les lycans partagent ce monde avec ce qu’il a fait de pire, les créatures, les démons, les vampires et bien d’autres êtres maléfiques qui peuplent cette terre dans un chaos où l’harmonie n’est plus que folle utopie. Même l’humain s’est rallié à la cause de ce côté sombre où le mal règne en maître. La paix n’est plus qu’un mot de quatre lettres que plus personne ne prononce. Dès lors, qui pourrait s’indigner du sort d’une fillette que l’on a arraché au réconfort protecteur que représentaient ses parents qui l’aimaient plus que tout ?


                                       CHAPITRE 1 : La naissance.


La lune était très haut dans le ciel cette nuit-là, une lune qui éclairait tant bien que mal une nuit profonde et lourde, suffisamment pesante pour cacher les vices les plus vils et les plus bas. La nuit était associée au mal sur cette terre, elle était le berceau et la complice des crimes les plus infâmes. Des cris se faisaient souvent entendre ça et là sans que l’on en connaisse l’origine et dont plus personne ne se souciait, mais ce soir-là… un homme, juste un homme, grand, au regard sombre et ténébreux. Cette nuit-là, il se tenait debout dans une pièce de son château, là où il travaillait, où il réfléchissait, où il recevait, où il commanditait. Mais cette nuit-là, il ne faisait rien de tout ça.
Un cri déchira la nuit, faisant trembler l’atmosphère étouffante qui régnait entre les murs de cette imposante demeure, ancrée solidement sur les terres de Vampiris où les vampires étaient rois à cette époque noire. L’homme frémit de tout son corps et ferma les yeux comme pour exorciser la peur qui le tenaillait. Un autre cri suivit, plus fort, plus intense. Les yeux toujours fermés, il serra les poings, ses ongles s’enfonçant dans sa paume, il refusait toute douleur, ne la ressentait plus, comment aurait-il pu ? Alors que chaque cri lui rappelait combien celle qu’il aimait plus que tout souffrait dans sa chair, dans ses entrailles, « ça sera vite terminé, tout cela ne sera plus qu’un vague souvenir » murmura-t-il. Oui, tout cela n’aura plus aucune importance lorsque ce petit être, issu de leur union, d’un simple sourire, leur fera prendre conscience de la futilité de ce moment passé dans la souffrance.
Les murs de cette pièce, d’habitude si familiers, semblaient se resserrer sur lui, lui écrasant la poitrine, empêchant l’air d’atteindre ses poumons. Il rouvrit les yeux et desserra les poings, puis se dirigea vers la porte, l’ouvrit sans la refermer et courut vers le grand escalier, il monta les marches de quelques bonds rapides et arriva devant la porte de la chambre qui renfermait chaque nuit l’intimité de son couple. Il se tint immobile un instant, aucun cri ne perçait plus de l’autre côté, son cœur battait si fort que ça l’oppressait. Soudain, la porte s’ouvrit, il eut un mouvement de recul, une femme se tenait devant lui, souriante, une petite couverture dans ses bras enroulée autour d’un être minuscule qui gigotait déjà.
La femme sourit à l’homme et lui tendit l’enfant en prononçant ces mots.
      Vlad Von Stiltskin, roi des anges déchus… voici votre fille.
Le visage de Vlad se détendit enfin, son regard d’abord sur la femme, se porta ensuite sur cet enfant qui était le sien, il tendit presque machinalement les bras et les disposa de façon à recevoir sa fille confortablement. La sage femme déposa l’enfant et s’écarta de l’entrée, libérant le passage.
Vlad fixa ce petit bout du regard, on dit qu’une larme coula sur sa joue à ce moment précis, son armure se brisa devant le fruit de sa chair et un sourire se dessina sur ses lèvres. Il releva la tête et ses yeux croisèrent ceux de son épouse, allongée sur sa couche. Il s’en approcha, s’assit sur le bord du lit, auprès d’elle et, la regardant tendrement, murmura « Merci mon amour ». Petrova, en guise de réponse, sourit tendrement, ferma les yeux lentement et les rouvrit tout aussi lentement.
Je fus donc née en cette nuit, moi Helena Von Stiltskin, fille de Vlad et Petrova Von Stiltskin.


                                       CHAPITRE 2 : Inconscience.


Les trois années qui suivirent ne furent que pur bonheur, bercée entre l’amour d’un père et d’une mère aimante. Mon père m’apprit les rudiments du combat ou, du moins, il amorça mon éducation aux armes vu mon très jeune âge. Étrangement je fus réceptive à cette initiation et montrai un goût prononcé pour les combats qui étaient une sorte de jeu entre mon père et moi et se terminaient souvent dans un grand fou rire.
J’héritai de son caractère colérique et impulsif déjà à cet âge, héritage dont il n’était pas peu fier, je crois.
Ma mère me légua sa beauté et son franc-parler, qualités non négligeables il est vrai. Très petite déjà, la grande complicité entre elle et moi était évidente, une complicité solide qui n’était encore qu’aux prémices, nous avions toute la vie devant nous, nous en étions conscientes, cela nous procurait de la force.
Je fus très proche de mes parents et ne tolérais aucune attaque à leur encontre. J’étais très jeune, certes, mais je me souviens de cette force en moi qui me poussait à les protéger du haut de mes trois ans, ce qui faisait rire tout le monde, mais dans mon monde d’enfant, il n’était pas question que l’on toucha à un seul de leurs cheveux, je ne le concevais pas.
Mes parents étaient mon plus beau souvenir car tout cela s’arrêta brusquement.


                                        CHAPITRE 3 : Disparition.


Le soleil ne se montrait jamais dans la région de Vampiris, les nuits étaient noires et les journées sombres.
Assise à table sur une chaise trop haute, je balançais les pieds à un rythme régulier, ce qui agaçait beaucoup la nounou chargée de me garder en l’absence de mes parents. Je le ressentais et redoublais les balancements de plus belle. J’avais un esprit de contrariété très fort, les domestiques me qualifiaient volontiers de petite peste, mais ils se gardaient bien de le dire devant mon père. Je pense qu’ils en avaient peur, ce qui me conforta dans une idée qui ne quittait plus mon esprit et à la question « Que veux-tu faire une fois adulte mon enfant ? »  Je répondais toujours « Je veux faire comme papa ». Je ne comprenais jamais pourquoi cela faisait autant rire et je m’en offusquais, je tournais alors les talons avec une moue boudeuse et quittais la pièce.
Ce jour-là donc, ma nounou ne savait plus que faire pour que je termine mon repas et c’est en soupirant bruyamment qu’elle se tourna et s’affaira en cuisine. Je profitai de ce moment d’inattention pour descendre de ma chaise sans faire de bruit et je quittai la pièce, échappant à la vigilance de ma gardienne.
J’ouvris la porte et j’avançai vers l’extérieur, je m’approchai du grand portail de l’entrée et me tins devant durant un moment, je repensais aux paroles de mes parents m’interdisant formellement de quitter l’enceinte de la propriété car au dehors, des « monstres » rôdaient !  Voilà donc de nouveau cet esprit de contrariété que je regrette aujourd’hui car il a changé le cours de ma vie de façon radicale.
Allant contre les avertissements de mes parents, je cherchai un objet sur lequel je pourrais monter et atteindre le loquet de fermeture. Je trouvai un seau non loin de là et je l’approchai de la grille, ensuite je montai dessus et le reste fut très simple, l’ouverture n’était pas très compliquée de l’intérieur des murs.
La grille ouverte, j’étais très impressionnée par ce sentiment de liberté, c’était en même temps effrayant et captivant, je n’avais jamais quitté ces murs sans mes parents avant, je crois qu’à ce moment-là je me sentais grande et responsable, mais ce n’était qu’un sentiment.
Je ne tardai pas à franchir les quelques mètres qui me séparaient de la sortie, la crainte que ma nounou s’aperçoive de mon absence me fit courir très vite, très loin, assez loin pour sentir qu’elle ne pourrait pas me retrouver. J’atteignis la forêt bientôt et m’y engouffrai. La nuit tombait mais curieusement je n’avais pas peur, j’aurais certainement dû. J’ai maudit longtemps ce trop d’assurance dont je fus victime ce jour-là.


                                      CHAPITRE 4 : L’enlèvement.


«  Les monstres n’existent pas »,  c’est cette phrase que je me répétais en boucle dans ma petite tête, cela me donnait du courage et j’avançais d’un pas décidé, tant et si bien qu’au bout d’un moment je me rendis compte que j’étais perdue, je fit demi-tour et je n’avais aucune idée de la direction à prendre, c’est à ce moment là que la panique me gagna. Mes parents commençaient à me manquer, la forêt prenait soudain un air menaçant. Je me mis à pleurer à chaudes larmes mais je savais que mes pleurs étaient vains, personne ne viendrait me chercher, j’en arrivais à regretter la vilaine nounou.
Soudain, un craquement… puis un autre… suivis d’autres bruits d’un peu partout autour de moi. Mon cœur faisait mal dans ma poitrine, les battements réguliers et rapides étaient presque audibles, je n’osais bouger, les bruits semblaient venir de toutes parts, j’étais encerclée, sans aucun moyen de fuite.
Je redoublai de larmes et de cris, j’appelai mon père, ma mère et en guise de réponse, je n’eus que les hurlements de ce qui semblaient être des loups. Je ne les voyais pas mais je sentais très fort leur présence autour de moi. Soudain, sans que j’aie le temps de me retourner, quelque chose fonça droit sur moi, dans mon dos, puis, presque instantanément, cette douleur, une douleur difficilement supportable pour une enfant, mon cou semblait se déchirer sous des lames acérées, je sentis des crocs s’enfoncer dans ma chair, j’ai même le souvenir d’une odeur, cette odeur de fauve humide et nauséabonde, à ce moment-là, je vis mes parents, mais je compris très vite que ce n’était que mon imagination, je m’accrochai néanmoins à leur image. Je m’entendis murmurer faiblement « papa, maman » et c’est en les regardant que je sombrai dans le noir absolu.


                                    CHAPITRE 5 : Le réveil.


Mes yeux s’ouvrirent sur un mur blanc, aucune décoration. Je repensais aux tableaux magnifiques qui ornaient les murs du château de Vampiris. Là, il n’y avait rien, le vide. Je ne comprenais pas, où étais-je ? Pourquoi ma mère n’était pas présente comme souvent à mon réveil ? Que m’arrivait-il ?
Je tournai légèrement la tête, mais une douleur me fit pousser un cri, des bribes de souvenir se recollaient alors, doucement et c’est avec horreur et effroi que les images revenaient à ma mémoire, je me mis à crier « Papaaaa !! Viens me chercher papa !! ».  Mais ce fut le néant. Je voulus bouger les bras et les jambes mais des cordes grossières attachées au lit m’en empêchaient.
Combien de temps suis-je restée allongée là sans bouger ? Je ne saurais le dire, mais une éternité sans doute. Les larmes coulaient sur mes joues de petite fille. Je me disais, puérilement « Je vais être grondée en rentrant ». Cette idée me plaisait, à ce moment précis j’aurais aimé être sermonnée par mes parents. J’étais de plus en plus mal, tout tournait dans la pièce, Je sentais que mon esprit s’éloignait de mon corps quand tout à coup une porte s’ouvrit, mon cœur se mit à battre très fort.
Une femme s’approcha, elle n’avait pas l’air méchante, ce qui me réconforta, elle me fixa du regard et je ne la quittai pas des yeux, repensant aux conseils de mon père « Ne quitte jamais un ennemi des yeux mon enfant ». Je m’exécutais donc pensant que cela la ferait fuir, mais elle me sourit et me dit simplement.
      Bienvenue dans ta nouvelle famille, petite lycane.


                              CHAPITRE 6 : La vie chez les lycans.


Les années s’écoulèrent, je grandis parmi les lycans que j’appris à connaître. Au plus profond de moi, je les maudissais de m’avoir séparée des miens. L’instinct de lycane n’était pas très fort en moi, je me nourrissais de ce que l’on me donnait à manger, je n’étais pas autorisée à chasser et n’en montrais aucune envie. Je ressentais, à certains moments, le côté bestial resurgir en moi, mais j’avais appris à le maîtriser, je détestais ce sentiment que je chassais de toutes mes forces. Ma « nouvelle famille » avait renoncé à m’initier, voyant la détermination avec laquelle je me refusais à adopter leur style de vie et avec laquelle je refoulais ce mal qui me rongeait à l’intérieur. Mon état de louve était endormi en moi et je ne désirais pas le réveiller.
Je pleurais tout bas la perte de mes parents, l’amour qu’ils me procuraient. Je passais par des moments de désespoir profond et me fit une promesse au fur et à mesure que je grandissais, « Je les retrouverai ». Les yeux dans le vide, je me répétais cette phrase inlassablement « Je les retrouverai… ».
Je reçus une éducation « normale », ma famille adoptive jouait son rôle de parents et moi, je jouais le jeu, mais une haine viscérale à leur égard sommeillait en moi. Ils le ressentaient sans doute et me surveillaient, craignant ma fuite.
Lorsque j’eus atteint suffisamment de maturité, je commençai à élaborer des plans d’évasion, tous aussi inutiles les uns que les autres. Je rageais de ne pouvoir trouver le bon moyen de me libérer de ce fardeau. Je me mettais alors à penser à mes parents, comment ont-ils vécu ma disparition ? Je songeais en souriant «  Ont-ils fait décapiter la nounou ? ».  J’avais besoin de ces petits moments de dérision pour ne pas sombrer dans la folie.


                                        CHAPITRE 7 : L’attaque.


L’ambiance était à la fête ce soir-là. Comme à mon habitude, j’étais en retrait et n’avais pas le cœur à l’amusement, alors je me mis à l’écriture de l’histoire de ma vie, une façon d’exorciser tous mes démons. La musique m’empêchait de me concentrer. Au son de la musique s’ajoutaient les cris de joie et de liesse, des cris qui s’accentuaient en force et qui changeaient subitement de ton. Bizarrement la fête semblait faire place à l’horreur. Je me retournai alors rapidement, ayant compris ce qu’il se passait. J’aperçus, de l’endroit où je me trouvais, des êtres démoniaques sortis d’on ne sait où. Ils escaladaient en nombre les hauts murs et sautaient par-dessus. Les yeux grands ouverts, j’assistais à ce qui était en train de se dérouler, des corps mutilés par ces démons d’une force inouïe, je ne tentais même pas d’intervenir, je restais là à observer. J’aperçu ma mère adoptive tomber sur la terre boueuse mêlée de sang, un démon hideux au corps difforme penché sur elle, la fixant de ses yeux rouges, soulevant de ses mains une pointe d’acier et d’un coup frappant son cœur de toutes ses forces pour lui enlever le reste de vie encore présente. Je ne tremblais pas, aucun sentiment quel qu’il soit ne m’envahit, ou juste… celui de la vengeance.
Mon heure de liberté avait sonné. J’attendis le départ des démons triomphants, tapie dans un coin. La bataille dura presque toute la nuit, je ne regardais plus, je me contentais d’entendre, d’écouter tous ces cris d’horreur, le visage impassible et froid, un léger rictus au coin des lèvres.
Quand les créatures démoniaques eurent quitté les lieux, criant et vociférant des chants de victoire, je sortis enfin de ma cachette et me dirigeai vers le lieu du massacre. Des corps démembrés, du sang, des appels à l’aide dont je ne me souciais pas, les habitations en feu, une vision d’horreur. Je marchais parmi les corps d’un pas lent et indifférent. Je m’arrêtai soudain, mon père adoptif gisait là au sol, ensanglanté, la mort ne l’avait pas encore pris, il me regardait fixement et s’adressa à moi, la douleur dans la voix « Helena, aide-moi par pitié… ». Je me remémorai la morsure dans la forêt, je sus bien plus tard qu’elle était de ce père à qui j’en voulais énormément. Je m’approchai d’un brasier, tirai un pieu à la pointe incandescente, avançai vers lui à pas lents, je vis la peur dans son regard et m’en délectai, je tint le pieux de mes deux mains fermement, le soulevai très haut et je l’abattis, de toutes les forces que je pu trouver en moi, dans son cœur, ensuite, tout en le tenant profondément dans sa poitrine, je me penchai sur lui et pendant qu’il rendait son dernier souffle, je lui murmurai à l’oreille.
      Pour avoir usurpé la place de mon père et volé mon enfance… Bienvenu en enfer… Papa ! ».
Un sentiment de liberté immense m’envahit alors. Depuis ce jour, ma vie prit un nouveau tournant.


                                 CHAPITRE 8 : Retour à Vampiris.


Je regardais mes pieds écorchés, assise sur une pierre en guise de banc. Une pause que je m’accordais après une journée de marche, au bord de cette route qui, d’après ma carte, m’amenait à Vampiris. Les questions se bousculaient dans ma tête, qu’allais-je trouver là-bas ? L’avenir me le dira. Je me levai, une grimace de douleur sur le visage et j’entrepris de continuer ma route.
Arrivée aux portes de la ville, je la contemplai longuement, tentant de la reconnaître, mais il n’en fut rien, tout avait changé, ou était-ce ma mémoire qui me faisait défaut ?  J’avançai  d’un pas décidé et franchis l’entrée de la cité. Je croisais des gens de toutes sortes. Mon cœur s’emballa soudain à l’idée que parmi ces personnes je pourrais reconnaître mes parents, je me mis donc à scruter chaque visage, chaque regard, mais aucun ne m’était familier.
Un homme s’approcha de moi. Sur la défensive, je le fixai du regard, il se mit à me parler d’une voix rauque.
      Vous êtes nouvelle vous, je ne vous ai jamais vue dans l’coin.
Ne voulant pas m’attarder à des palabres inutiles, j’allai droit au but.
      Je cherche le château du roi Vlad et de sa femme Petrova, pouvez-vous m’aider ??
L’homme ouvrit de grands yeux ronds avant d’ajouter.
      Oh mais, jeune fille, il y a bien longtemps qu’ils ont quitté ces terres !
Mes espoirs s’amenuisaient, mon visage s’assombrit.
      Quand sont-ils partis ?? Et pour aller où ??
      À la disparition de leur fille, ils l’ont cherchée partout, engagé les plus fins limiers mais nul ne put retrouver sa trace, certains avançaient même qu’ils l’avaient vue morte. Quoi qu’il en soit, anéantis par cette terrible épreuve, ils furent incapables de demeurer sur ces terres où tant de souvenirs les ramenaient à cette enfant perdue, ils sont donc partis, faisant route vers Dissidia. Je ne peux vous dire s’ils s’y trouvent toujours.
Et il ajouta…
      Je me demande ce qu’est devenue cette pauvre enfant.
Le regard dans le vide, je répondis.
      Elle va bien…
Je m’apprêtai à quitter la ville, en route vers Dissidia, lorsque j’entendis des cris sourds dans l’enceinte de ce qui ressemblait à une arène. Je m’avançai, curieuse, et me tins à l’entrée. Je vis des hommes et des femmes en tenue de combat, mais ce n’était pas une vraie bataille, juste un entraînement semble-t-il. J’étais impressionnée par les techniques et la force de ces combattants, je remarquai un homme à proximité qui devait être le mentor du groupe, je restai jusqu’à la fin et lorsque les gens se mirent à quitter les lieux petit à petit, l’homme s’approcha de moi.
– Vous avez aimé ?
Gonflant le torse et levant le menton, je  toisai  l’homme et répondis d’un air hautain comme j’en avais l’habitude à force d’être sur la défensive.
      Possible.
Il sourit et me lança.
      rejoignez nos troupes si cela vous chante, je serai votre mentor, je soupçonne un sérieux manque d’entrainement chez vous, ce n’est pas très raisonnable.
Je vis là une opportunité et je la saisi.
      ça m’intéresse oui.
      je me nomme Vargas, je suis de la famille des Excadors.
      Et moi je me nomme Helena, faites de moi une combattante monsieur.
Nous ne nous sommes plus quitté depuis, il m’apprit les rudiments du combat, les armes, des notions de soin et de défense, ce dont j’avais besoin pour mener à bien ma mission. Ce rapport élève/mentor changea très vite de statut et fit place à une relation d’amour.


                                   CHAPITRE 9 : Les retrouvailles.


J’acquis bien vite les notions de combat et c’est avec ce bagage à la main que je me rendis très loin de là, sur les terres reculées de Dissidia. Vargas m’accompagna dans ce périple.
Du haut d’une colline dont nous fîmes l’ascension, le paysage s’offrait à nous. Je consultai ma carte et Dissidia semblait se trouver droit devant mais nous ne voyions rien, un épais brouillard se profilait à l’horizon nous empêchant de voir au-delà. Il s’estompa lentement, la curiosité nous tenaillait, au fur et à mesure que le nuage se dissipait nous distinguions quelque chose. Soudain tout s’éclaircissait, mon visage s’illumina et je m’écriai.
      Dissidia ! 
Une ville se dessinait en effet au loin, une ville sombre et lugubre, des cris de corbeaux venaient à nos oreilles, plus nous nous rapprochions de Dissidia, plus elle semblait terrifiante, c’était une ville vampire à n’en pas douter.
La route fut très longue et périlleuse, nous étions épuisés et lorsque nous atteignîmes la ville, Vargas proposa de nous reposer avant de continuer, j’acquiesçai d’un oui de la tête, mais je n’y comptais pas…
Je m’assurai qu’il dormait et d’un pas léger je quittai la chambre de cette petite taverne piteuse. Je sortis de l’établissement et m’engouffrai dans les dédales de la cité, j’empruntai des rues sombres mais ne ressentis aucune peur, je ne trouvai rien d’intéressant, je regardai devant moi et je ne voyais aucun château pouvant appartenir aux anges déchus.
Dans un soupir de lassitude, je me retournai lentement et levai les yeux, quand soudain mon visage s’éclaira. Sur les hauteurs de la ville, dans la nuit noire, je distinguai à la lueur de la lune, les contours d’un château à l’allure angoissante qui semblait m’attirer vers lui, des chauves-souris le survolaient dans un ballet harmonieux, des cris de chouettes se faisaient entendre au loin. Je me mis à courir vers ce lieu, sentant que c’était le but à atteindre. Je gravis la pente qui menait jusque là, essoufflée mais motivée par un sentiment étrange, mes pieds ne me faisaient plus souffrir, je reprenais vie.
Arrivée au sommet, je me dirigeai lentement, le cœur battant, vers l’entrée, une grande grille qui ressemblait étrangement à celle que j’avais franchi  plusieurs années auparavant. J’aperçus une plaque de métal sur la pilastre, je m’en approchai et d’un revers de manche, en essuyai la surface poussiéreuse. Mon sang se glaça lorsque je pus lire les quelques mots gravés « Domaine des Anges Déchus ». Je me tins immobile, les yeux humides, je n’avais aucun plan en tête, j’improviserai.
Perdue dans mes pensées, je crus entrevoir une ombre à une fenêtre, mais avant que j’aie pu distinguer qui était cette personne, un frisson glacé parcouru mon corps en entendant une voix derrière moi.
      Je peux vous aider ? 
Une voix… cette voix…
Tremblante de la tête aux pieds, je fis demi-tour, effrayée par ce que j’allais découvrir, je me trouvai face à cet homme… cette voix… je la reconnaîtrais entre mille. Les yeux embués je dis d’une voix au ton saccadé par l’émotion.
      Oui…  vous le pouvez…
Il me dévisageait, intrigué, une lueur d’angoisse faisant grimacer son visage.
      je cherche la famille des Anges Déchus, ajoutais-je avec un peu plus d’assurance. 
      Vous y êtes mademoiselle, je suis Vlad Von Stiltskin, que puis-je faire pour vous ?  
Mes lèvres se mirent à trembler et je balbutiai.
      Rien… juste me serrer dans tes bras… papa.
À ce mot, le visage de mon père se défit, se décomposa, ses yeux brillaient de mille feux, il voulait parler mais aucun son ne sorti de sa bouche, ses jambes l’abandonnèrent, il tomba à genoux devant moi, ne quittant pas mon visage du regard, tout son corps tremblait, il semblait tétanisé, pétrifié. Je m’approchai, me penchai vers lui et murmurai, apaisée.
      Relève-toi papa, je suis là maintenant.
Je l’aidai à se relever et ayant retrouvé l’usage de ses gestes et de la parole, il me serra dans ses bras dans un sanglot incontrôlable, mes yeux se remirent à pleurer mais pour une fois, ce fut de joie.
Ma mère ayant assisté à la scène du haut d’une des grandes fenêtres qui faisaient la beauté majestueuse de ce château, ne comprenait pas, un frisson s’empara d’elle soudain, sa respiration s’accéléra, son cœur lui faisait atrocement mal. Elle dévala les escaliers sans réfléchir, tout se bousculait dans sa tête, elle ouvrit le lourd battant de la porte, courut quelques mètres et s’arrêta net. Je me retournai vers elle, à cet instant elle sut, sans un mot, sans un geste, elle comprit, son instinct de mère ne la trompait pas, elle reprit sa course vers sa fille, les larmes mouillant son visage, elle étreignit son enfant  pendant de longues minutes, ne prononçant aucun mot, mais le silence en disait long.
Les paroles résonnaient encore dans ma tête… « Je les retrouverai ». C’était chose faite désormais, la vie pouvait enfin reprendre son cours.
Depuis cette nuit je ne pus donner de détails sur ma captivité, juste que mon corps et mon âme étaient à présent habités par un lycan, et que j’avais grandi parmi eux. Aujourd’hui le temps est venu pour moi de révéler mon histoire à ceux qui n’ont jamais quitté mon cœur.


                                                        FIN

Copyright © 2014 Gina Dorlea. Tous droits réservés.